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Moi Charles Barbès, l'homme qui se souvient de demain

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Exercice difficile que celui auquel je me suis essayé.
Faut-il le dire : il n'est pas réussi.
L'exercice est simple àdécrire  prenez une situation, racontez-là de 2 points de vue différents.
« Je me souviens de demain »
est un point de vue, celui-ci est le second.
Et comme le premier texte n'est pas des plus clairs, celui-ci tourne un peu court.

Note de l'auteur : je ne suis pas Charles Barbès. Je ne suis qu'historien, spécialisé dans l'histoire de la DGST. C'est à ce titre que j'ai eu accès à la totalité du dossier et que je peux, aujourd'hui, tenter d'expliquer ce qui s'est passé alors. Dans le but de rendre le texte plus vivant, il sera écrit à la première personne. Lorsque le besoin s'en fera sentir, je sortirai de mon personnage pour redevenir moi-même.
Je remercie la DGST de m'avoir autorisé à user, et parfois même, d'abuser, des « Contrôleurs du Temps », sans ces gens courageux et leurs machines, personne, jamais n'aurait entendu parler de cette histoire.
Ch.B.

D'abord la lumière, comme l'explosion d'une étoile, comme un tunnel qui se referme. Puis les images. Celles de ma vie. De cette vie que je n'ai pas encore eu.

Une voix. Celle de Ginette. Je sais qu'elle va s'étonner. Plus tard, les autres s'étonneront elles aussi.
- « Qui est-ce ? Depuis quand est-il ici ? Bon sang, il est en train de mourir. »
Non ma bonne Ginette, je suis en train de naître. Mais ça, je ne le sais pas. Pas encore.

Nous sommes le 12 avril 2080. Il est un peu plus de 8:00.

Ce médecin est complètement stupide : depuis qu'il a demandé qu'on me fasse des injections de morphine, il ne vient plus. La douleur est atroce. Je sais que ça va passer. De le savoir me calme, trente minutes puis des douleurs supportables.

Chez moi. Je suis chez moi. Je suis chez moi et je fouille la maison. MA maison
Le frigo est rempli : pas besoin de faire les courses. Ce n'est pas ce que je cherche. A mon âge, la mémoire n'est plus ce quelle était.
A mon âge !
Je sors de l'hôpital où je viens de naître à la vie et j'ai déjà 84 ans. J'ai l'impression qu'Alzheimer a fait quelques dégâts. Alzheimer. La simple évocation de ce nom m'angoisse. Mes jambes flageollent, je dois m'étendre. Difficilement, j'arrive à joindre mon lit.
Réfléchir. Je dois me forcer à réfléchir. Ne pas penser à Alzheimer, penser à la valise.
Je suis fou.
Réfléchir. Je suis né le 2 avril 2164. Nous sommes le 26 avril 2080. Cinglé. C'est impossible ! L'agenda. Nous sommes bien le 26 avril 2080. Donc, je ne suis pas né en 2164. Quelle est ma date de naissance ? 2164. Non ! Je ne sais plus à quelle date je suis né ! Un comble.

Cette impression bizarre me reprend : je rajeunis. Je sais, ce n'est qu'une impression, et pourtant. A soixante-quinze ans, on a le cerveau qui débloque. Comment vais-je être dans dix ans ?
Ah le livreur arrive. Ca aussi c'est bizarre : je sais qu'il arrive alors qu'il n'a pas sonné. C'est comme ci je savais l'avenir. Un souvenir de ce qui va se passer. Qu'ai-je fais hier ? Je ne sais plus. Le livreur. Ce n'est pas celui que je connais. Celui-là a eu un accident. Dans 2 heures. Cette pensée me fait sourire. Me souvenir d'un accident qui n'aura lieu que dans 2 heures. Faut que je sois con, non ?
J'ouvre au moment où le livreur allait sonner. Il est surpris :
- « Vous m'avez fait peur. Daniel ne m'avait pas dit que vous attendiez derrière la porte. Je le remplace, il a eu un accident » il regarde sa montre « il y a deux heures. »
Ainsi donc, je connais l'avenir. Le proche avenir.

La valise est presque vide. Je n'aurai bientôt plus d'argent. Qu'à celà ne tienne, il y a le lottto. J'en suis certain, pour moi, le temps s'écoule à l'envers. Je rajeuni. Ce qui est demain pour les autres est hier pour moi.
Oui, je me souviens de demain.

Euro-lottto me garanti de ne pas avoir à travailler. Comment voudriez-vous que je me présente chaque jour chez un employeur. Ce brave homme aimerait que je finisse le travail commencé hier, alors que j'aurais tendance à terminer celui que je ne commencerai que demain.
Puisque j'en suis à parler d'Euro-lottto, j'ai un autre souvenir. Dans un an, je m'en souviens très bien, un homme me suit. Avec son ciré fluo multicolore, il est noyé dans la foule. Discret. Il m'a abordé, posé une question pas aussi stupide qu'elle en a l'air, avant de qisparaître. Je ne l'avais jamais vu. Oui, dans un an, un homme me demandera les chiffres du lottto.

N'avoir rien à faire ne remplit pas une vie. Qu'ai-je fait de la mienne ? Il est grand temps de décider.
Il n'est rien de plus simple pour moi que de prendre une décision : il me suffit d'interroger mes souvenirs, ceux qui me viennent de ma jeunesse, ceux que je ferai demain. Et les souvenirs affluent. Alzheimer, le labo, l'université. Alzheimer est devenu une maladie courante. Tellement que le mot a changé de signification : au lieu d'être une des affections du cerveau, le mot « Alzheimer » les englobe toutes.

Note de l'auteur :la suite, vous la connaissez. Puisant dans ses souvenirs, Charles Barbès a trouvé une solution à cette maladie. Comme le dit le dictionnaire, « Charles Barbès. Prix Nobel de médecine en 2102. Grâce à cet homme, Alzheimer peut être guéri. »
Malgré tout, restent plusieurs questions :
1.- Comment ai-je eu connaissance du cas Barbès ?
     Le hazard. Lors d'un voyage en chronoplane, un historien « Contôleur du Temps » a lu le dossier que vous connaissez.
2.- D'où vient la valise qui contenait l'argent qui a permis à Charles Barbès de vivre pendant près de 10 ans ?
     Nul ne le sait. J'ai bien mon idée la-dessus : un chronoplane a été envoyé pour comprendre ce qui s'est passé lors de cette « mort à l'envers ». De manière à pouvoir passer inaperçu, ses passagers avaient une valise remplie d'argent de l'époque… Ce chronoplane, tout comme celui dont je parle au point suivant n'est jamais revenu.
3.- Pourquoi le temps de Barbès tourne-t-il à l'envers ?
     La aussi, pas de réponse. Un chronoplane, avec à bord, je vous le rappelle, tout ce qui est nécessaire et suffisant pour voyager dans le temps a été dépéché sur les temps/lieux de la « naissance » de Barbès, le 2 avril 2164 à 15:00. Le dernier message « automatique », lancé par la machine même et non par un Contrôleur, signale un orage d'une puissance telle que la perte du chronoplane doit être considérée comme certaine.
Vous l'aurez compris, si j'ai pu faire état du cas Barbès, c'est que personne ne le comprends vraiment. Personne ne prend ce cas à la légère, deux chronoplanes et leurs équipages, ce n'est pas rien, mais, surtout, les écrits ont disparu au moment de la naissance de Barbès.
4.- Dernière question, mais non des moindres : pourquoi le Service a-t-il organisé cette réunion, réunion à laquelle étaient conviés des représentants de tous les services secrets du monde ?
     La réponse est bête, vraiment. Convaincue à mille pourcent que tous oublieront tout, la DGSP a invité ses « concurrents ». La DGSP a profité de l'occasion pour scanner ses invités. Elle avait jusqu'aux empreintes digitales de ces supers-agents. Les scanners lui ont permis de « lire » les cerveaux, donc d'avoir une liste quasi-complète des agents « concurrents » en service en Europe. Trente années de préparation, aucune référence à Charles Barbès ne pouvant être faite, trente années de préparation ont été nécessaire pour cette réunion.
Dernier détail, l'agent Jacques Santer a, tout comme les autres invités du jour, perdu la mémoire…
Ch. B.
juillet 3210