BrisChri

Et vous, dans vos crumbles, vous mettez quoi?

Vous aimez la cuisine ?

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Proposition du 20 novembre
Bonjour la compagnie,
Comment ça va, vous ? Entre le boulot et l'arrivée du froid je manque pas mal d'énergie. Une cure de vitamines s'impose à moi... Bref. Je ne rajouterai pas le couplet sur le temps qui défile et que je n'arrive pas à suivre et j'arrive directement à l'objet de mon message hebdomadaire : le nouveau thème.
Or, donc, je vous soumets aujourd'hui le thème en balance de la semaine dernière :

et vous dans votre crumble vous y mettez quoi ?

Délire bienvenu. Bonne inspiration.
A bientôt,
Kissous,
Yvanne

Assis sur une chaise droite et inconfortable, il attendait les questions qu’il ne comprenait pas. Petit, les yeux noirs plein de malice, le crâne en forme d’œuf ne supportant plus que quelques cheveux rares et noirs, noir comme la moustache ridicule qu’il lissait souvent en un tic qu’il ne percevait pas comme tel, Hercule Poivrot – Mais je ne bois pas précisait-il toujours après avoir donné son nom – avait l’air stupide de celui qui ne sait pas vraiment ce qu’il fait à l’endroit où il se trouve(1). Celui qui l’interrogeait, enfin, qui essayait de l’interroger, n’avait pas l’air plus dégourdi que le petit Belge ; pensez donc, vêtu d’une veste longue en tweed pied-de-poule, un couvre-chef de la même matière et du même dessin, avec des cache-oreilles remontés tenus en position par un petit nœud sur le haut, Herlock Scholmes tenait une loupe d’une main pendant que l’autre empêchait un violon de tomber d’une des nombreuses poches que comptait la veste(2).

Si Poivrot – mais il ne boit toujours pas – ne comprenait pas les questions de son vis-à-vis c’est qu’il ne comprend pas l’anglais, langue maternelle de Scholmes. Il ne les comprend pas, certes, mais il comprend le ton usé pour les poser : le ton hautain qu’utilise le représentant de sa très Grasse Majesté pour intimider un simple citoyen de la troisième puissance économique au monde(3) (4)(5). Les crumbles. Qu’est-ce que les crumbles viennent faire ici ? De tout le galimatias de son pseudo-interlocuteur, crumbles était le seul mot que Poivrot – non, n’insistez pas, il n’a toujours pas soif – avait reconnu après moult réflexions. Après tout, lui disait « crumbles » alors que l’autre disait « crumbles », ce qui, vous en conviendrez, est totalement différent. Ce mot revenant souvent dans la conversation, pardon, dans le monologue, Hercule en avait déduit qu’il s’agissait d’une affaire d’Etat ! Et pour éviter la prison, ce qui semblait être son avenir proche, Poivrot – vous a-t-il dit qu’il ne boit pas ? – faisait fonctionner ses petites cellules grises : qu’avait-il fait de si grave ? Une pâte sablée. Ça oui, il s’en souvenait. Suivant en cela une vieille recette anglaise, il a simplement fait une pâte sablée qu’il a déposée sur des quartiers de pommes avant de la recouvrir d’échalotes hachées(6)(7). Comprenant alors que Scholmes lui cherche des poux, il le regarde et lui lance :
O
Oh! pas le o enjoué,
celui qui, répété, signale que l'on a repéré une jolie fille,
non, le o sérieux,
le o hautain
celui qui signifie que l’on se moque de ces broutilles.
L’autre alors, lui rétorque :
u
Majuscule ?
Minuscule ?

Poivrot – qui boirait volontiers un verre, ce dont il s’abstient d’habitude, mais il est prêt à modifier ses habitudes - ne le sait, mais il est ennuyé(8)(9) : il ne sait qu’expliquer(10). C’est alors que dans le silence ouaté d’un jour où la pluie cachait jusqu’aux nuages, un jour où il aurait mieux fait de rester couché que Poivrot – qui décidément commence à mériter son nom – entend un hurlement qui sonne joyeux à ses oreilles. Joyeux car il sait la suite. Il sait la femme qui se presse, « j’arrive, j’arrive », et les bobbie’s qui réclament « please, m’aam, please ». Il sait les bottes de chez « Harrod’s » qui battent le carrelage comme cette femme voudrait battre ces cops trop entreprenant à son goût. Il sait que ce cri retentira à nouveau. Il a raison, il l'entend : « Je suis interprète. Attendez ! ».
- Et merde, pourquoi fallait-il qu’elle habitât si loin ?(11)
L’interprète, petite, jolie femme jusqu’au bout des ongles, une bouche en cœur, des jambes, deux, mais pas de seins, ce qui ne l’empêchait pas de se faire appeler Betty Boobs a simplement traduit le renvoi numéro 7 (voir plus haut, non plus bas. Voir ailleurs !) à Scholmes.
- Quoi ? C’est simplement par vanité, que cet homme met des échalotes dans ses crumbles ? Affaire classée.


[1] D’après un personnage totalement tombé dans l’oubli créé par deux écrivaines, deux auteuses, bref, deux sœurs qui pensaient savoir écrire convenablement : Agathe et Christie. Il est à remarquer qu’une des deux sœurs, Christie, a cessé d’écrire pour ouvrir une salle de vente à laquelle, sans vergogne, elle a donné son prénom. Nous lui souhaitons bonne chance dans son nouveau métier.

[2] D’après un personnage totalement tombé dans l’oubli créé par un médecin anglais qui, peut-on espérer, s’occupait mieux de ses patients que de ses textes : Conard Doyle. Il est à remarqué que Doyle a cessé d’écrire pour se lancer dans la conserverie de fruits. Nous lui souhaitons bonne chance dans son nouveau métier.

[3] Véridique.

[4] Eh oh ! Faut pas prendre tes rêves pour une réalité !

[5] J’ai pas dit que l’histoire nous est contemporaine, non. La Belgique a vraiment été une grande puissance économique. Je sais ça a changé. Mais à l’époque où se passe l’histoire, c’était encore vrai. D’ailleurs, quand plus loin dans le texte j’écrirai « il prend note », je n’insisterai pas sur le fait que ces notes sont prises avec une plume d’oie blanche sergent-major, modèle N°5 de Chenal.
Et puis, de toutes façons, c’est moi qui écrits ! OK ?

[6] Les Anglais mettent des pommes dans tout. Ce n’est pas qu’ils aiment le pommes, mais le bourrage de crâne commence dès l’école. Lorsqu’ils apprennent à lire, la lettre « a » est associée à « apple », le « c » à « Cola-Loca » et le « h » à « hambourgeois ».

[7] Les échalotes hachées sont le péché mignon de ce personnage décidément hors du commun : elles donnent à son haleine une odeur fétide qui tiennent éloignées les représentantes du beau sexes qui, sans cela, se jetteraient sur moi, Hercule Poivrot – là, je pense qu’il avait bu quand il m’a dit cela.

[8] D’après « Lettres », un texte génial d’un auteur qui ne l’est pas moins. Auteur dont on devine, à la clarté des textes, à la légèreté des phrases et à la profondeur des sujets abordés, qu’il sera Nobel de littérature pour peu que la vie lui laisse le temps d’être lu. Qui sait ?

[9] Pour comprendre le problème de Poivrot – c’était bon, merci, mais j’ai bu assez pour aujourd’hui – il faut se rappeler que lorsqu’un Anglais écrit « élastique » il lit « caoutchouc », bref que le « u » se prononce « you ». D’où l’importance de savoir s’il est dit avec majuscule – marque de respect – ou minuscule – marque de dédain.

[10] Il ne sait qu’expliquer », ici, cette phrase ne signifie pas que la seule chose que Poivrot – je vous avait bien dit qu’un verre est suffisant, de quoi j’ai l’air maintenant ? – sache faire c’est donner des explications, non, « il ne sait qu’expliquer » est la forme élidée de « il ne sait quoi expliquer » : il ne sait quelle explication donner.

[11] D’après « Le Cri », un texte génial d’un auteur qui ne l’est pas moins. Auteur dont on devine, à la clarté des textes, à la légèreté des phrases et à la profondeur des sujets abordés, qu’il sera Nobel de littérature pour peu que la vie lui laisse le temps d’être lu. Qui sait ?