sandra et moi

Quand Sandra a jeté un regard sur moi, elle n'a pas fait que ça: elle a aussi jeté son dévolu sur moi.
Cela tout le monde l'a bien senti.
Pourtant, elle devrait savoir que je suis pour les garçons. Cela se sent, cela se voit. Et je ne m'en cache pas. Pourquoi m'en cacherais-je, d'ailleurs?
Pauvre fille. Tout l'après-midi elle m'a fait une cour effrénée. Dans le regard des autres se lisait une question:
"Tiendra ?"
"Tiendra pas ?"

Il a fait si chaud pendant la journée, on a bu plus que de raison.
Le soir, il n'y a pas de lit pour tous. Certains devront dormir à la belle étoile. Sandra qui connaît la maîtresse de maison, s'est arrangée pour que je partage sa chambre.
Quand elle m'a demandé de l'aider à se déshabiller, j'ai ouvert l'agrafe de sa robe et descendu la fermeture Éclair de 3 cm. Pas plus. Déçue, elle est partie se cacher, se dévêtir à la salle de bain.
3 secondes m'ont suffi. Je suis au lit, sous les draps. Évidemment, comme je n'avais pas prévu de passer la nuit, je n'ai rien pour me changer.
Bon sang, j'aurais du boire un petit peu moins.
Bon sang, qu'elle est belle.
Sandra quitte la salle de bain. Qu'elle ait prévu ou non de passer la nuit ici ne semble pas avoir d'importance pour elle: elle est dans la même tenue que moi. Le plus simple appareil.
Oui, qu'elle est belle, éclairée à contre-jour, les cheveux libres. Nous avons passé une journée ensemble, j'ai l'impression de la regarder pour la première fois.
Est-ce l'alcool, sa beauté ou le désir que je sentais sourdre d'elle? Je ne sais. Un peu des trois, sans doute.
Beaucoup des trois, sans doute.
Mais quand elle s'est approchée de mon lit, je n'ai rien dit.
Quand elle s'est assise sur le lit, je n'ai rien dit.
Quand, après m'avoir souhaité une bonne nuit, elle s'est penchée sur moi, posant ses lèvres sur les miennes, je n'ai pas bougé.
Quand elle a fait glisser le drap et couvert ma poitrine de baisers, je l'ai laissée faire.
Je n'ai opposé de résistance que quand elle est descendue plus bas. Pas une bien grande résistance. J'ai placé mes mains à la hauteur de l'entrejambe. Elle a embrassé une main après l'autre. Cela a suffit. Elle a...

Le lendemain, il y avait quelques questions dans le regard des autres:
"A craqué ?"
"A tenu ?"
"Pour les hommes ?"
"Pour les femmes ?"
Vous le savez déjà, les gens n'aiment pas les doutes. Pour me classer, et, donc, répondre à leurs propres questions, ils ont dit:
"A voiles et à vapeur"
Moi qui ait toujours affiché ... Oh, et puis bon. A quoi sert d'en parler? Ce qui s'est passé cette nuit n'est qu'un accident.
Durant toute la matinée j'ai évité Sandra. J'ai évité les contacts "fortuits". Sandra comprendra.
Elle aurait dû. Mais je vois ses yeux. J'y lis la tristesse et le désarroi. Sandra ne comprend pas.

"Chassez le naturel et il revient au galop."
"In vino veritas."
Lequel de ces messieurs a dit ces phrases, je ne sais pas. J'ai eu mal au cœur en réalisant qu'elles étaient pour moi. Pourtant.
Pourtant, à table, j'ai réfléchi.
Après un verre de vin, j'ai perdu toutes certitudes.
Au second verre, je cherche Sandra du regard. Elle est loin, faignant de m'ignorer.
Au troisième, je cherche Sandra de la main. Elle est toute proche, me mangeant des yeux.
Au quatrième et dernier verre, je ne la cherche plus. Elle est contre moi. Presque dans mes bras.

Le soir, bien qu'il y ait de la place pour tous, certains s'en étant retournés, nous partageons la même chambre.
Sandra ne doit pas me demander de l'aider: je dégrafe sa robe et descend la fermeture Éclair de plus de 3cm.
Elle ne se cache pas dans la salle de bain.
Je la prends dans mes bras. Maladroitement.
Il faut dire que c'est la première fois que je serre ainsi une femme contre mon cœur.
Il y a 2 lits. Et nous sommes 2. Mais cette nuit, et les autres nuits, et toutes les autres nuits, nous n'utiliserons qu'un lit, n'aurons besoin que d'un lit pour 2.

Il y a 2 mois de ça.
Et aujourd'hui je visite cette salle où on va célébrer notre union.
Je regarde ces cartons d'invitation qui annoncent notre mariage. Les familles "..." et "..." ont le plaisir...
Le plaisir! Tu parles. Quand j'ai annoncé mon désir de me marier à mes parents, ils semblaient contents. Je leur ai présenté Sandra...
Tout ce que j'ai entendu. Vous n'imaginez pas.
Pourquoi les parents doivent-ils régenter les sentiments de leurs enfants? Après tout, c'est moi, et non eux, qui vais épouser Sandra. Non?
Enfin, j'ai tenu. Ils ont cédé.
Un mariage dans l'intimité.
Chez Sandra, ça a été différent: j'ai été tout de suite à l'aise. Notre mariage est attendu avec impatience.
Je regarde ces cartons d'invitation qui annoncent notre mariage.
Et nos 2 noms en lettres d'or au milieu:
Sandra et Isabelle.

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