hélène et papy


Il était une fois...
Il était une fois, car toutes les belles histoires commencent par "Il était une fois...", et, ceci, est une belle histoire.
Il était une fois... donc,
une femme,
mariée.
Mariée à un pilote de la SABENA.
On aurait pu croire qu'elle avait la vie facile.
Pensez: le salaire de son époux est suffisant pour lui permettre de ne pas travailler, les billets d'avion, elle les paye moins cher que le quidam, elle a d'autres avantages.
Bref, sa vie est belle.
Sa vie serait belle si la maladie n'en avait décidé autrement.
Le mari tombe malade.
Une longue maladie: le cancer.
Quinze années qu'elle s'est occupée de son "mourant".
Quinze années qu'elle s'est préparée à la mort de son mari.
Quinze années qu'elle a soigné un homme qui ne marchait plus, ne se lavait plus seul, avait besoin, pour chaque acte "normal" de la vie quotidienne de l'aide d'une personne acceptant de lui venir en aide.

Il était une fois...
Il était une fois, car toutes les belles histoires commencent par "Il était une fois...", et, ceci, est une belle histoire.
Il était une fois... donc,
un homme,
marié.
Marié à une infirmière.
On aurait pu croire qu'il avait la vie facile.
Pensez: le salaire de son épouse est suffisant pour lui permettre de ne pas travailler. Enfin, s'ils n'étaient restés qu'à deux. Mais ils ont quatre enfants. Il travaille, et gagne bien sa vie. Ca compense.
Bref, sa vie est belle.
Sa vie serait belle si la maladie n'avait décidé autrement.
L'épouse tombe malade.
Une maladie qui peut être longue: le cancer.
Quinze mois qu'il s'est occupé de sa "mourante", ma mère.
Quinze mois qu'il s'est préparé à la mort de sa femme.
Quinze mois qu'il a soigné une femme qui a du s'aliter, ne se lavait plus seule, avait besoin, pour chaque acte "normal" de la vie quotidienne de l'aide d'une personne acceptant de lui venir en aide.

Il était une fois...
Il était une fois, car toutes les histoires, même celle de sorcières et de mauvais génies commencent par "Il était une fois...", et, ceci est une histoire de sorcières et de mauvais génies.
Il était une fois... donc,
un couple,
une femme et un homme,
mon père.
Pas mariés officiellement.
Ils n'ont pas eu la vie facile.
Pensez: ils se sont rencontrés après avoir perdu leurs conjoints respectifs, quatre enfants chez l'un, l'impossibilité d'en avoir chez l'autre, tous deux pensionnés, leurs revenus sont réduits. Enfin, s'ils se marient. Car la pension d'un pilote est importante, celle d'une infirmière l'est moins, mais pas tellement. S'ils se marient, ils ne gardent que la pension à laquelle ils ont droit pour leur travail. Ils perdraient la pension de leurs conjoints respectifs.
Le mariage, pour l'Eglise, est un acte personnel. Le curé n'est là que pour officialiser l'acte. Les témoins ne sont là que pour témoigner, non du mariage, mais de l'officialisation.
Ils se sont mariés.
A deux.
Entre eux.
Sans "Monsieur le Maire".
Sans témoin.
Juste le curé.
Pour une histoire de "gros sous".
Pour une histoire de pension à ne pas perdre.

Il était heureux.
Pensez: il n'a pas oublié sa première femme, ma mère, mais il a fini par accepter sa mort. Il a rencontré une femme, une veuve, qui a accepté de partager, non sa vie, mais ce qui lui restait de temps à vivre. Une femme qui a accepté de partager ses souvenirs. Et leur douleur.

Elle était heureuse.
Pensez: elle n'a pas oublié son premier mari, mais elle a fini par accepter sa mort. Elle a rencontré un homme, un veuf, qui a accepté de partager, non sa vie, mais ce qui lui restait de temps à vivre. Un homme qui a accepté de partager ses souvenirs. Et leur douleur.

Ils étaient heureux.
Pensez: malgré leur âge, ils sont tombés amoureux. Comme des gamins. Ils ne savaient plus vivre l'un sans l'autre.
Elle lui faisait des petits plats, pas tous les jours, car elle mange peu, lui à peine plus.
Il lui offrait des fleurs. Deux fois par semaine. Un beau bouquet.

Heureux, ils auraient pu le rester.
Mais la maladie, le cancer, encore lui, est intervenue.
Au retour d'un voyage en Tunisie.
Mon père s'est senti mal: il lui faut marcher avec des béquilles.
Mon père s'est senti plus mal encore, il lui faut entrer à l'hôpital.
Quinze jours.
Quinze jours qui ne sont pas suffisant pour la préparer à la mort de son homme.
Quinze jours qu'elle passe à l'hôpital, à attendre l'"opératon" qui va le sauver, le remettre d'aplomb, le ramener chez elle, chez lui, chez eux.
Quinze jours après son entrée à l'hôpital, mon père est enterré.
Entré le cinq juillet, mort le dix-sept, il est enterré le dix-neuf.
Le dix-sept août, il aurait eu quatre-vingt quatre ans.
Elle est plus âgée que lui.
Elle n'a plus l'âge de refaire sa vie.
Elle n'a plus l'âge d'être heureuse.
Elle n'a plus l'âge d'essayer d'être heureuse.
Elle,
et je ne sais comment je dois l'appeler:
maman,
non,
car ce n'est pas ma mère,
belle-maman,
non,
car ils ne sont pas mariés,
Hélène,
peut-être.
Car tel est son prénom,
Hélène, donc,
est à l'hôpital.
Cette fois, ce n'est pas le cancer.
Ce n'est pas mieux.
C'est tout aussi définitif.
Hélène est enfermée.
L'asile psychiatrique est sa nouvelle demeure.
La folie l'a prise.
Définitivement.

Et je ne lui ai jamais dit que je l'aimais.

Ce n'est pas une excuse,
juste un constat.